Quatre cantors inoubliables

La  ‘Hazzanout sépharade et la ‘Hazzanout askénaze composent ce patrimoine. A la fin du XIXème siècle, cette dernière  voit naître ces plus éminents représentants, ceux que l’histoire retiendra: Moshe Koussevitzky, Yossele Rosenblatt, Gerson Sirota, et Zawel Kwartin. A eux seuls ils représentent  l’âge d’or de l’art cantoral.

Avant d’évoquer ceux qui ont marqué l’histoire de la ‘Hazzanout, rappelons que le rôle du ‘Hazzan en français « le ministre officiant » consiste  non seulement à accompagner les fidèles dans la  prière, en chantant  les psaumes  et en psalmodiant les textes, mais aussi de  les représenter devant Dieu. C’est dire l’importance de ses qualités vocales et spirituelles.

Gershon Sirotanaît en 1874, dans une famille orthodoxe de la province de Podole. C’est auprès de son père qu’ il apprend à conduire l’office. Quand sa famille s’installe à Odessa, c’est naturellement au sein de la chorale de la synagogue qu’il continue de chanter. Rapidement, il s’y fait remarquer; le chef de choeur Yakovkin lui conseille d’ailleurs d’étudier la musique au conservatoire d’Odessa. Admis, il  obtient même une bourse. Après avoir été l’assistant du Cantor Jankiel Seroka, il  devient  ‘Hazzan à la synagogue Prikashtchikes.

En 1886 il est nommé cantor de la synagogue de Vilnius. A partir de cette date il commence à donner  des concerts de musique juive avec un grand chœur, dirigé par Leo Loev C’est le début d’une longue collaboration entre les deux hommes.

En 1902 il chante lors d’une réception en l’honneur de Théodore Herzl. En 1903, il se produit devant le tsar Nicolas II.

En 1908, il émigre à Varsovie où il accepte le poste de chantre à la grande synagogue. Léo Loev l’y rejoint. A partir de 1912, ils entreprennent ensemble une série de concert aux Etats-Unis dont un, au Carnegie Hall ( concert à guichet fermé).Où qu’il soit, sa voix de ténor dramatique attire les auditeurs.

Mais ses déplacements  fréquents à l’étranger déplaisent aux responsables de la synagogue de Varsovie. Ils ont besoin d’un cantor à plein temps. Quand il revient en 1927 d’une tournée à New York  il constate qu’ il a été remplacé par le jeune Moshe Kusevitsky.

Comme beaucoup  d’autres ‘Hazzan , celui que l’on nomme le caruso juif improvise. Par contre il n’a pas composé de pièces originales.  Ce que certains appelaient le   » Sirota  Retze  » est de Schlossberg .

Réputé également pour sa générosité, il n’ est pas rare de le voir officier lors d’ un mariage d’une famille pauvre, sans  être rémunéré.

En dehors de ses  enregistrements phonographiques il chantera dans les films Sabra (1933), réalisé par Aleksander Ford, et Dybuk (1937), réalisé par Michał Waszynski.

En 1935, il devient ‘Hazzan de la synagogue Nozyk de Varsovie qui lui permet de continuer de voyager fréquemment. Juifs et chrétiens assistent à ses concerts ( dont Caruso lui-même.  Quand la seconde guerre éclate, il est  à Varsovie.  Bien que les Allemands lui proposent de quitter le ghetto , au vu de sa renommée mondiale,  Sirota refuse.  Abandonner ses enfants est impensable. Jusqu’au bout il continuera de donner de concerts de musique liturgique dans la Grande Synagogue.

Il meurt ainsi que les membres de sa famille pendant le soulèvement du ghetto  en 1943,  brûlés vifs dans un bunker de la rue Wołyńska.

Yossele Rosenblattnaît le 9 mai 1882 en Ukraine dans le shtetel de  Bila Tserkva en Ukraine .  Il est le premier garçon dans une famille  qui se compose de 9 filles. Issu d’une longue lignée de ‘hazzanim, il  commence sa carrière en tant que membre de la chorale de la synagogue locale .Rapidement salué comme un « enfant prodige »,  il déménage avec sa famille à l’âge de 7ans à Sadigora, Bucovine (Autriche).

Marié à 18 ans, il accepte  son premier poste de ‘Hazzan en Hongrie permanent dans Munkacz, en Hongrie. 

Son talent s’y sent rapidement à l’étroit. Quand une place se libère dans la ville de Pressburg ( alors hongroise) aujourd’hui Bratislava, il décide de passer l’audition au coté de 56 autres candidats.

Connu pour sa technique extraordinaire, pour sa grande tessiture, pour la douceur de son timbre et pour sa capacité unique de transition de la voix normale à la voix de fausset et l’utilisation de plusieurs techniques reprises ensuite par les chantres du monde entier, (sanglot)  il a le don d’émouvoir et de subjuguer les fidèles qui l’écoutent. Yossele Rosenblatt est aussi un compositeur prolifique.  Durant les 5 années qui vont suivre, il écrit  et fait éditer 150 récitatifs et pièces chorales. Plus de cent quatre-vingts pièces  ont été conservées.

En 1905 il enregistre  son premier disque  à Vienne pour la société Edison.

YOSSELE ROSENBLATT

Sa renommée grandit et s’étend sur toute l’Europe. Il accepte ensuite un poste à Hambourg. Bien que la ville  soit le berceau de la réforme libérale,  la communauté orthodoxe conserve une place importante. C’est durant cette période qu’il affine ses connaissances musicales classiques. Il se nourrit d’opéra et de lieder de Schubert .

En 1909, lors du congrès sioniste mondial, des représentants et délégués américains entendent sa voix. L’éloge qu’ils en rapportent ainsi que l’exportation de ces disques conforte sa renommée outre atlantique .

En 1911, le ‘Hazzan de  la Première  Congrégation hongroise Ohab Zedek, l’une des principales synagogues de New York  démissionne. Rosenbllat est alors invité pour deux Chabbat. Ses frais de voyage sont payés et on lui  garantit une rétribution substantielle. Le succès de Rosenblatt à Ohab Zedek, qui se trouve alors à Harlem et plus tard, dans l’Upper West Side de Manhattan, est immédiat, si bien  qu’il télégraphie à sa femme de le rejoindre avec leurs enfants. Du jour au lendemain il fait sensation. Les foules se pressent devant la synagogue pour l’entendre. 

Sa voix  rassemble les juifs quel que soient  leurs positions sociales. A travers sa ‘hazzanout, c’est tout son amour pour son peuple, sa culture et sa religion qui s’exprime. Ses supplications élèvent les âmes. Sa ferveur enthousiasme les cœurs.  Il  incorpore aussi bien des récitatifs  dans le style des opéra italiens que des bribes de mélodies folkloriques et de grandes sections de chant improvisé. Ces compositions regorgent de leitmotiv récurrent, issu de la tradition  hassidique.

En 1923 il fait sa première  tournée britannique (concert au Albert Hall ) puis en Europe .

Bien que Rosenblatt reçoive d’énormes cachets pour ses concerts et réalise des bénéfices grâce à la vente de ses disques, il est souvent endetté, tant il contribue à verser une grande partie de ses gains aux œuvres de charité. Sa générosité le poussera même à investir dans un journal yiddish.  Suite à cet engagement il fera  faillite en 1925.

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En Août 1927, il  quitte son poste à la congrégation Ohab Zedek.  Pendant les mois qui suivent, il  voyage à travers les États-Unis,  dans des villes comme Minneapolis, Seattle, Indianapolis, Columbus, Milwaukee, Philadelphie et Washington DC, où il rencontre le président d’alors Calvin Coolidge.

En 1928, il  signe un contrat de 10 ans avec la Première Congrégation Anshe Sfard, situé à Borough Park, à Brooklyn.
La renommée de Rosenblatt ne se limite pas au monde juif. En 1929 il accepte de participer au film le Chanteur de Jazz, avec Al Jolson, qui raconte l’histoire du fils d’un chantre qui se tourne vers la musique profane.

Campanini, le directeur général de l’Opéra de Chicago, et Toscanini font appel à lui pour chanter le rôle de premier plan  d’Eléazar dans la Juive de Fromental Halévy . Campanini lui offre 1000$ par représentation.  Bien que  la production lui assure que toutes les prescriptions religieuses seront respectées, (que ce soit  l’annulation de spectacles Shabbat et jours de fêtes, nourriture cacher etc..).Rosenblatt  déclinera la proposition, soulevant l’indignation, l’incompréhension et  la colère des journalistes de l’époque. Yosselé pense que sa voix est un don de Dieu et ne peut  être utilisée en dehors  du service de Dieu.

En 1933, il se rend en Palestine. Il y donne 25  concerts ; Nahum Nardi l’accompagne au piano  et participe au tournage du film yiddish, The Dream of My People.

L’interprétation de Yosselé des Téhilim 126, U’vnucho Yomar. a été si populaire que les dirigeants israéliens l’ ont envisagé comme  hymne national en 1948, avant d’adopter  HaTikva.

Frappé par une crise cardiaque à l’âge de cinquante et un ans, il est enterré au mont des Oliviers par le  Grand rabbin Abraham Isaac Kook, en présence de quelque cinq mille personnes en deuil.et des Cantors Hershman et Kwartin.

Quelques jours plus tard à New York,  aura  lieu  un service commémoratif au Carnegie Hall. qui rassemblera de nombreux et talentueux Cantors ainsi qu’un chœur de plus de deux cents voix. pour chanter sa musique et les ‘E l Malei Rachamim.

A ce jour il demeure une source d’ inspiration  pour les chantres du monde entier .Plus de 180 pièces de l’œuvre de Yosselé Rosenblatt ont été préservées, y compris Hasheim Malakh, V’af Hu Hoyo Miskaven et Mi Shebeirakh.

Moshe Koussevitsky nait en 1899 dans une famille de ‘hazzans en Biélorussie. Sa voie est presque déjà tracée. Il commence par chanter dans les chœurs de la synagogue. En 1914, sa famille rejoint la Russie, puis plus tard en Pologne à Vilna. En 1924, il obtient le poste de ‘Hazzan à la synagogue Tlomacki de Varsovie. Il succède au célèbre grand Cantor Gerson Sirota (1927/ 1928).

Dans les années 1930, il donne des tournées de concerts  à Vienne, Bruxelles, Anvers, Londres et en Palestine. Lors d’ un concert à la  grande Synagogue  de Varsovie  il chante en hébreu le rôle de ténor. dans La Création de Haydn ; son frère David chanté la partie de Gabriel écrite pour soprano.

Invité partout en Europe et en Palestine entre 1935 et 1939. Il doit sa  survie durant la guerre  à  la résistance polonaise. Il émigre en Russie où il retrouve  sa famille. Fuyant la guerre il parcourt  le pays.  De 1944 à 1946 sous le prénom de Michael  il est le principal ténor de l’opéra national de Tbilissi en Géorgie  dans des productions telles que Boris Godounov, Rigoletto, et la Tosca.

Après la guerre, il  donne un concert en Pologne devant  les ambassadeurs britannique et américain, qui intercéderont afin  qu’il obtienne des visas pour les deux pays.  C’est d’ailleurs à Londres qu’il choisit d’abord de se rendre car  il  y retrouve son frère David qui est cantor à  la Hendon Synagogue depuis le début de  la guerre.

En 1946 avec ses trois  frères, (tous chantres de talent), il donne un concert d’adieu  à Londres  au Royal Albert Hall avant de gagner les New York où il reçoit un poste à Temple Beth El à Brooklyn.

Koussevitskys brothers

Un an plus tard  les critiques du New York Times le plébiscitent après  ses débuts  au Carnegie Hall. Il est qualifié comme  » une des voix  les plus remarquables de l’époque »‘.  Il se produit ensuite en Amérique, puis en Afrique du Sud et Israël, où il  gagne aussi une large reconnaissance.

En 1955, il réapparaît au Royal Albert Hall de Londres dans un concert.

A sa mort, Koussevitzky était encore  le hazzan du Temple Beth El de Borough Park à Brooklyn, l’une des plus prestigieuses chaires orthodoxes de New York . Nombreux sont ses enregistrements,

Zawel Kwartin ( 1874/ 1952)

A la différence des autres cantors qui sont  majoritairement tous ténors, et souvent issus de famille de ‘hazzanim, Zawel Kwartin est baryton  et  son père est un marchand de textile.  Il naît le 25 mars 1874 près de Elisatgrad ( kirovahrad) en Ukraine. Devant les qualité vocales de son fils,  son père décide  pourtant de le présenter devant le célèbre Hazzan Yeroucham Hakatan. Après l’avoir écouté le ‘Hazzan vieillissant propose de former le jeune homme. On pourrait s’attendre que son père accpete, or celui-ci décline la proposition ; il juge préférable  que son fils poursuive une carrière dans le textile, qu’il juge plus sûre.

kwartin_sawel

Avant son mariage Kwartin  se rend avec ses beaux-parents à la synagogue de Yelisvatgrad. La forte impression  qu’il laisse après sa lecture de la  Haftara, puis lorsqu’il mène l’office de Moussaf,  l’incite à apprendre la musique, prendre des cours de chant et étudier la ‘Hazzanout de Sulzer. ( Vienne)  En 1896  . il donne son premier concert public. C’est le début de sa carrière.  L’année suivante  il en donnera un à Lodz,. Commence alors une série de concerts à travers l’Europe couronnées de succès .

En 1903, il concourt pour le poste de la synagogue nouvellement construite dans le quartier juif .de Vienne  Sur 63 candidatures, le jury retient  la sienne Son salaire est de 2500 couronnes par an, ce qui est considérable pour le poste.
En 1909, il  déménage pour Saint-Pétersbourg, où il devient premier cantor de la Grande Synagogue. avant d’accepter un poste à la Grande synagogue de Budapest où il restera 10 ans.

Depuis 1914 Kwartin est invité à se produire pour une série de 30 concerts  aux  Etats Unis, mais en raison de la guerre , il ne s’y rendra qu’en 1920 .

Bien qu’il n’ait pas reçu un grand accueil lors de  son premier concert à la Metropolitan Opera, il emporte un vif succès  au théâtre de  l’Hippodrome . Par  la suite  il parcourt l’Amérique  et obtient l’adhésion du public, si bien qu’il décide  de rester aux États-unis. Nommé ‘Hazzan au Temple Emanuel  il obtient un salaire  de 12.000 $ ce qui le place  le ‘Hazzan le mieux payé de tous les temps.

En 1928 Kwartin publie deux volumes de son ouvrage (en trois volume)s, ‘Z’mirot Zevulon’ Le troisième sera  publié en 1937. S’y  trouve la plupart de ses célèbres morceaux, dont ‘Tiheir Rabbi Yishmoel, Ve’al Yedei Avodecho, etc. qui aujourd’hui encore sont  toujours chanté.

Sa première visite en 1926 en Terre Sainte l’émeut au point qu’il décide d’y faire construire une maison sur le mont Carmel. Il  donne une série de concerts à travers le pays avant de retourner l’année suivante aux Etats-Unis et accepter un poste à Newark dans le New Jersey .Il y passera les quinze dernières années de sa vie. Il meurt le 3 Octobre 1952 et sera enterré  en Israël .

 

Rudolf Karel (1880-1945)

Né le 9 Novembre 1880 à  Pilsen, il n’entre au conservatoire de Prague.qu’en 1901. C’est donc assez tardivement qu’il entame son  apprentissage musical ( notamment l’orgue avec Klicka.) A la fin de son cursus, il deviendra un des derniers élèves d’Anton Dvořák pour la composition et l’orchestration.

Quand la première guerre mondiale éclate, il a déjà composé  de nombreuses œuvres de musique de chambre, un opéra « Le cœur d’Ilse » op. 10 (1909),  une grande épopée symphonique, intitulée  » Idéale  » op. 11 (1909) et sa symphonie « Renaissance » op. 15;  il vient de terminer  sa symphonie pour violon et orchestre (op. 20). Il se trouve alors en Russie où il y passe l’été, quand il est suspecté d’être un espion autrichien,  et enfin arrêté. Finalement il  ne pourra rentrer  dans son pays qu’en 1923 ; Entre temps, la révolution d’octobre l’aura conduit de Omsk à Vladivostok et Irkoutsk ;  villes dans lesquelles il put exercer le métier de chef d’orchestre et de professeur. Une seule œuvre composée entre 1918 et 1920 intitulée « Démon » (op 23)  subsiste de cette période  Créée par la Philharmonie tchèque en 1921, elle obtiendra un vif  succès auprès du public.

De retour à Prague en 1923, Rudolf  Karel est  nommé professeur de composition au conservatoire.

Durant  la période de l’entre deux guerres, il compose  des cycles de mélodies et des cantates, un opéra  « La mort-marraine » op. 30 (1932) un  « Quatuor à cordes » op. 37 (1936) une nouvelle « Symphonie du Printemps » op. 38 (1938).

En 1938,  les accords de Munich, signent la mort de la Tchécoslovaquie  en tant qu’état indépendant,  offrant par la même occasion  l’autorisation tacite à  Hitler d’annexer la région des Sudètes. Une de ses conséquences sera de pousser 150 000 à 250 000 Tchèques à quitter cette région. On connait la suite. Quelques mois plus tard, Hitler envahit la Tchécoslovaquie. Antifasciste convaincu, Rudolf Karel qui approche alors de la soixantaine, se lance dans la résistance. Pour autant,  cela ne l’empêche pas de continuer à écrie notamment une « Ouverture révolutionnaire » op. 39 (1941).

Malheureusement,  en 1943, il est arrêté et emprisonné dans une prison de Prague dans le quartier de Pankrac.  Là encore , même incarcéré, alors que la Gestapo lui fait  subir régulièrement de pénibles interrogatoire,  il continue de composer. de la musique pour piano mais aussi son conte « Les trois cheveux d’or du grand-père omniscient ». Comment s’y prend-il ? Grâce à la complicité de gardiens  et de médecins de la prison il obtient en cachette  de simples feuilles de papier toilette sur lesquelles il dessine des portées de musique et écrit sa musique.  240 feuillets sortiront ainsi en cachette de la prison.  C’est de cette manière qu’il écrivit également son Nonette op 43 (pour flûte, hautbois, clarinette, basson, cor anglais, violon, alto, violoncelle et contrebasse,) entre le 16 janvier et le 5 février 1945. Envoyé ensuite à la petite forteresse de  Terezin,  la dysenterie l’emporte le 6 mars 1945 .

Mi mamakim

Le psaume 130  « Mi maamakim »  « Des profondeurs je t’appelle Éternel..”  est régulièrement interprété lors de cérémonies commémoratives  à la Grande  Synagogue de la Victoire, à celle de  la Rue Vauquelin, ou encore  à celle de la rue de Chasseloup Loubat. Bien souvent c’est  la partition tirée  du recueil de  Samuel David qui est alors choisie.

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Cette année,  à l’occasion de la cérémonie du 8 mai à la synagogue de Chasseloup Laubat, j’ai eu le privilège d’accompagner  la version qu’en a faite  Arthur Honegger en 1946,  interprété par la basse Navot Barak.

Cérémonie du souvenir à la synagogue de Chasseloup Laubat  mai 2013

Cérémonie du souvenir à la synagogue de Chasseloup Laubat mai 2013

Henryk Wieniawski

Né  le 10 juillet 1835, Henryk Wienawski est un enfant  prodige issu d’une famille juive polonaise  cultivée.  A 9 ans, il auditionne pour le conservatoire de Paris.

Deux ans plus tard,  en 1946, il reçoit un premier prix de violon et devient le plus jeune lauréat. Il  commence alors une carrière de concertiste à Paris puis à Saint-Pétersbourg, où il obtient un  énorme succès.

C’est très rapidement, qu’il s’impose  comme l’un des plus grands violonistes de son temps, aux côtés de Joszef Joachim et de Pablo Sarasate.

Pablo de Sarasate

Lorsqu’il revient à Paris, c’est pour  entamer des études de composition. En 1847 Henryk Wieniawski publie son premier opus, un Grand Caprice fantastique. C’est le début d’un catalogue modeste qui comporte 24 œuvres. Avec son 1er concerto, il gagne l’admiration du public européen  et se fait connaitre aussi bien  en tant que violoniste  que compositeur.

De 1851 et 1853 il vit en Russie, et  donne des concerts avec son jeune frère, Josef qui l’accompagne au piano.

En 1852 , il compose sa première  Polonaise de concert, en Ré majeur.

A partir de 1860, sa vie prend une nouvelle tournure.

Promu premier violon au tsar, il est aussi professeur de violon au Conservatoire nouvellement  fondé, (à ce  niveau,l’influence de son enseignement reste considérable)  tient la partie d’alto au sein du quatuor Ernst en même temps qu’il dirige l’orchestre de la Société musicale russe.

 En 1862, il compose son 2ème Concerto pour violon. Il fait partie des plus grandes œuvres  du répertoire  romantique pour violon.

Dix ans lus tard, il reprend sa carrière de virtuose international et part aux États-unis pour 250 concerts en 239 jours. Il prolonge ensuite son séjour jusqu’en 1874, date à laquelle il choisit de  rentrer en Europe.  A Bruxelles,  il succède à  Vieuxtemps comme professeur au Conservatoire, poste qu’il occupera jusqu’en 1877.

En 1878, alors que se manifestent ses premiers soucis cardiaques, il donne à nouveau une série de concerts à Paris, Berlin puis Moscou, avant de s’effondrer sur scène le 11 Novembre 1878, alors qu’il interprète  son  2ème concerto pour violon. N’écoutant pas cette première mise en garde, il devra interrompre son interprétation de la sonate « à Kreutzer » de  Beethoven à Moscou le 17 Décembre de la même année. Pourtant, il ne renoncera pas encore et poursuivra sa tournée en Russie jusqu’en 1879, avant d’être transporté à l’hôpital d’Odessa. Le 14 Février 1880, il est emmené dans la propriété de  la maison de Nadezhda von Meck la protectrice de Tchaïkovski.

A sa mort, il laisse sa famille dans une situation financière désespérée, (sa femme est enceinte d’une fille qui naitra 2 mois plus tard.)

Souvent comparé à Paganini, Wieniawski a ébloui le public par sa technique prodigieuse et son phrasé expressif. Alliant subtilement une inspiration romantique et une virtuosité irréprochable, tout  comme son compatriote Chopin, il  a  su écrire la musique qui a célébré l’esprit de la Pologne, notamment avec sa Polonaise en ré.

Le concours international de violon Henryk Wieniawski fur organisé pour la première fois à  Varsovie en 1935. La médaille d’Or  fut attribuée à la violoniste française Ginette Neveu tandis que David Oïstrakh se voyait distingué d’une médaille d’argent.

Suspendu pendant la seconde guerre mondiale, il reprit à partir de 1952 à Poznan. A noter que ce fut  le fils de David Oïstrakh, Igor  qui remporta le 1er Prix . Ce concours international se  déroule depuis cette date  tous les cinq ans.

Hommage à Gidéon Klein

Il nait  le 6 décembre 1919 à Prevov,  en Moravie dans une   famille enracinée dans la tradition juive. Très tôt sa famille remarque ses aptitudes musicales.  Il commence à étudier  le piano  dès 6 ans. A Onze ans , il fait déjà le voyage une fois par mois pour Prague prendre des cours avec l’épouse du célèbre pianiste Kurz Vilem. L’année suivante,  il emménage dans la capitale chez sa sœur Eliska Kleinova

À l’automne 1938, il est admis dans la classe de  Kurz au Conservatoire de Prague, (il obtiendra son diplôme l’année suivante.)  En même temps,  il entreprend des études de philosophie et de musicologie à l’Université Charles. Mais en novembre 1939, les lois anti-juives que les allemands  font appliquer depuis  l’invasion  de la  Tchécoslovaquie le 15  mars 1939, lui interdisent  de poursuivre son cursus universitaire. Gidéon Klein  obtient cependant  une bourse pour étudier à la Royal Academy de Londres, mais là aussi les lois d’émigration empêcheront son départ. Pendant quelques temps il arrive à déjouer les interdictions de donner des concerts  qui s’appliquent aux musiciens juifs, en se produisant sous le nom de Karel Vranek. Lorsque le risque devient trop grand, il donnera des concerts sous le manteau dans des salons  privés avec quelques  amis juifs

Le 1er décembre 1941avec des milliers d’autres Juifs de Prague il est déporté à Terezin, rebaptisé par les allemands Théresienstadt. Là bas, il côtoie d’autres  musiciens : le pianiste et chef d’orchestre Rafael Schächter, Karel Ancerl qui deviendra chef d’orchestre du philharmonique tchèque ainsi que d’autres compositeurs Hans Krasa  (connu entre autre  pour son opéra Brundibar ), Victor Ulman et Pavel Haas.

Malgré les difficultés de l’emprisonnement et le manque de matériels à leur disposition ( partitions et instruments) Gideon Klein comprend qu’avec le potentiel  d’artistes présents à Terezin, qu’il y a une possibilité de poursuivre des activités culturelles à l’intérieur du camp.   En 1942,il est même nommé à la tête du département Musique instrumentale dans la direction des activités de temps libre (Freizeitgestaltung)

Il fait  de la musique de chambre avec ses collègues de Prague,participant à  des spectacles comme  La Fiancée vendue de Smetana, ou encore le Requiem de Verdi  et interprète le répertoire qui la fait connaître en tant que soliste  à Prague (sur une vieux piano ) :  la Sonate Op.110 de Beethoven , la  Fantaisie op17 de Schumann  des pièces de Mozart ou de Brahms , Janacek Schoenberg Scriabin, ainsi que la toccata et fugue en ré min  de Bach ( transcrit par Busoni) Par ailleurs il poursuit son travail de compositeur. Avant sa déportation il avait suivi des cours avec le compositeur  Aloïs Haba,  (1893 – 1973,  qui travaille avec les  quarts de ton.). Gidéon Klein  est avant tout  un autodidacte. Les œuvres qu’il a écrites à Terezin sont des pièces de musique de chambre pour cordes, des  œuvres chorales, des madrigaux sur  des poèmes de Hölderlin et Villon, une sonate pour piano, musique de scène pour le théâtre, et un cycle de chansons pour alto et piano etc. En tout il laisse plus d’ne quinzaine de pièces influencées par le folklore morave, des mélodies traditionnelles hébraïque et le travail des compositeurs Leos Janacek, Vitezslav Novak et Arnold Schoenberg

 La musique qu’il a écrite à Terezin, nous est parvenue par une de ses dernières amies  dans le ghetto,  Irma Semtzka à laquelle il avait confié ses compositions dans l’espoir  qu’elle les  remette à sa sœur  ainée  Eliska Kleinova (déportée à Auschwitz)

Neuf jours après avoir écrit les dernières notes de  son trio à cordes, le 1er Octobre 1944,  il est envoyé à Auschwitz, puis à Fürstengrube, un camp de travail dépendant d’Auschwitz, qui exploite des mines de charbon. Le 27 janvier 1945, il meurt  dans des circonstances incertaines.

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Après la guerre Irma Semtzka a  retrouvé à Prague Eliska et lui  a donné les manuscrits  de son frère.Alors qu’elle souffrait de manque d’argent , cette dernière a réussi à organiser un concert le 6 Juin 1946 dans la petite salle du Rudolfinium consacré  aux œuvres de Gideon  Klein.

Louis Lazarus Lewandowski

Né le  3 Avril 1821 , Louis Lazarus Lewandowski est issu d’une famille juive pauvre vivant dans la province de Poznan  A 12  ans, il part à Berlin afin d’y étudier le piano et le chant .  Le chantre Ascher Lion lui propose de devenir soliste au sein du chœur de la synagogue. Il est ensuite admis à l’académie de musique de Berlin, qui sans l’appui d’un cousin de Félix Mendelssohn n’aurait jamais accepté d’accueillir dans ses rangs un étudiant juif)  Pendant 3 ans, le compositeur, Adolf Marx, devient son professeur.


En 1840, il accepte le poste de chef de chœur de l’ancienne synagogue, puis de la nouvelle.

Il compose alors Kol Rinnah, pour choeur  et Todah vé zimrah’ pour solistes, chœur mixte et orgue.

Quand Abraham Lichtenstein,  (qui fera connaitre à Max Bruch la mélodie du Kol nidrei ) succède au chantre Abraham Lion, celui-ci  soutiendra Lewandowski dans son travail de compositeur. Il écrira une quarantaine de psaumes pour soliste, chœur et orgue, mais aussi des symphonies, des cantates et des arrangements  d’anciennes mélodies  juives.Parmi ses oeuvres les plus populaires, encore chantées couramment : «Unvenucho Yomar», «Zacharti Lach» pour Rosh Hashana et «Ve’l Chata’im» pour Yom Kippour.
Professeur  à l’ école libre juive  au séminaire des enseignants juifs de Berlin, il forme nombre de futurs ‘hazzan. On lui doit la fondation d’un institut pour les musiciens pauvres et âgés.  En 1866 il  reçoit  le titre honorifique de directeur musical royal.

C’ est l’un des plus éminents compositeurs de  la musique synagogale. Il meurt le  3 Février 1894

Voici une des œuvres encore interprétées aujourd’hui, notamment à la grande synagogue de Paris ( le chœur à 4 voix mixtes est aujourd’hui réduit à un chœur d’hommes) : ENOSH

 

Max Bruch

Les fêtes de Tichri sont terminées. Parmi les airs qui rythment la fête de Kippour, il en est un qui a su franchir les bancs de la synagogue.   Il s’agit du Kol Nidrei.
Max Bruch
a permis au monde entier de découvrir cette mélodie hébraïque. Il se trouve que c’est  aussi une de ses œuvres les plus jouées avec sa Fantaisie écossaise, pour violon orchestre et harpe et  son premier concerto pour violon en sol min. Passionnément romantique, cette pièce incontournable  fait toujours  partie du répertoire des violonistes.

Fils d’un homme de loi, et d’une  mère soprano, professeur de musique, Max Bruch  nait  en Allemagne, à Cologne le 6 janvier 1838. Sa mère lui enseigne les bases de la musique avant d’être pris en charge par un professeur à Bonn. A 14 ans il écrit  sa première symphonie ainsi qu’un quatuor à corde, ce qui lui permet d’obtenir une bourse et d’être admis à la fondation Mozart à Frankfurt. Ses professeurs  sont  Ferdinant Hiller, ami de Robert Schumann et Carl Reinecke.

A partir de 1858, il enseigne à Cologne avant de devenir chef de chœur puis chef d’orchestre à Mannheim (de 1862à 1864). Sa première œuvre importante est un opéra, Die Loreley.  C’est aussi à cette époque  qu’il écrit  son premier Concerto pour violon en sol mineur (1864) pour le violoniste réputé Josef Joachim, pièce qui lui apporte immédiatement la  considération du public.. Brahms une dizaine d’années plus tard écrira son concerto de violon (1878) pour le même violoniste, qui apportera là aussi quelques précieux conseils. A l »évidence, le concerto de Bruch fut une source d’inspiration pour Brahms.

A la fin  de son contrat,  Bruch visite Paris et Bruxelles. Il  accepte  ensuite un poste de directeur  de la musique à Coblence en 1865. Deux ans plus tard, il devient chef de chœur à Sondershausen. Il restera à ce poste jusqu’en 1870, année pendant laquelle  Bruch part  pour  Berlin.

Son troisième opéra, Hermione y  sera  produit en 1872. Il  commence à pouvoir jouir de sa réputation de compositeur allemand. et à être connu en Europe, ce qui le pousse à  reprendre sa carrière de  chef d’orchestre.  Il obtient un  poste en Angleterre  pour  diriger le Philharmonie de Liverpool.

A nouveau deux nouvelles œuvres remporte un vif  succès : la Fantaisie écossaise pour violon et orchestre, puis  Kol Nidrei, basé sur un chant traditionnel  de la fête de  Yom kippour. Alors qu’il est protestant, Bruch a eu l’opportunité par l »entremise de son professeur Ferdinant Hiller  de rencontrer le Premier  ‘Hazzan de la synagogue de Berlin, Abraham Jacob Lichtenstein. En tant que ministre officiant, Lichtenstein, entretenait des relations chaleureuses avec des musiciens chrétiens. Max Bruch fut  reçu dans sa maison. Les mélodies de la liturgie (de  rite allemand) ne le laissèrent pas indifférent, puisque quelques années plus tard, il s’appropria la mélodie du Kol Nidré, qu’il développa  dans un Adagio pour violoncelle, orchestre et harpe. Quel autre instrument que le violoncelle pouvait porter cette mélodie méditative pleine de recueillement, Max Bruch a choisi le violoncelle.

Dans cette période agréable, il épouse la cantatrice Clara Tuczek. Malheureusement  des problèmes surgissent  entre les musiciens de l’orchestre et la direction. En 1883 Max Bruch quitte Liverpool et retourne en Allemagne. Il devient alors musical de l’orchestre de Breslau jusqu’à la fin de la saison en 1890 date à laquelle il devient professeur de composition au conservatoire de Berlin

Max Bruch

Le style de ce grand mélodiste, attaché à la musique romantique et à Brahms,  n’a guère évolué, bien qu’il ait  côtoyé les plus grands compositeurs de son temps comme Mahler, Liszt, Wagner, Bruckner.  C’est pourquoi il lui a été souvent reproché un certain académisme.