Compositeur , Cheffe de chœur, responsable de la musique pour le Consistoire de Paris, après avoir été organiste titulaire des grandes orgues de la synagogue de la rue de la Victoire à Paris depuis 1997, j'ai à cœur de partager et d'échanger tout ce qui concerne de près ou de loin la musique juive.
Le psaume 130 « Mi maamakim » « Des profondeurs je t’appelle Éternel..” est régulièrement interprété lors de cérémonies commémoratives à la Grande Synagogue de la Victoire, à celle de la Rue Vauquelin, ou encore à celle de la rue de Chasseloup Loubat.
Bien souvent c’est la partition tirée du recueil de Samuel David qui est alors choisie.
Cette année, à l’occasion de la cérémonie du 8 mai à la synagogue de Chasseloup Laubat, j’ai eu le privilège d’accompagner la version qu’en a faite Arthur Honegger en 1946, interprété par la basse Navot Barak.
Cérémonie du souvenir à la synagogue de Chasseloup Laubat mai 2013
Ce roman biographique retrace l’histoire de deux fillettes ukrainiennes, Janna et Frina Archanskaïa. Alors que toute leur famille a été sauvagement exécutée par les Einsattsgruppen, elles ont réussi à s’échapper et à survivre grâce à leur courage, leur sang froid mais aussi leur talent musical.
Si Greg Dawson s’est tant intéressé à leur destin au point de vouloir s’en faire le porte parole, c’est qu’elle le touche au premier plan. Janna qui n’est autre que sa propre mère, lui a longtemps caché la vérité.
Sur ces années sombres, les deux sœurs ont préféré gardé le silence. Silence en opposition à la musique qu’elles ont porté comme un force et un baume sur leurs plaies.
Au delà de ses maladresses littéraires, Greg Dawson leur rend un touchant témoignage en même temps qu’il nous offre une magnifique leçon de vie.
« Dimitri n’avait jamais entendu une traître note de Paganini- un phonographe était chose rare dans les foyers ukrainiens – et jamais il n’aurait osé s’attaquer à l’une de ses œuvres. Il aurait considéré sacrilège d’abimer la musique de son dieu. Mais s’il n’avait pas le talent de Paganini, Dimitri était suffisamment doué pour jouer lors des mariages et faisait partie d’un petit ensemble qui accompagnait les films muets américains projetés au théâtre en plein air de Berdiansk – sans parler du récital quasi quotidien que son ami Nicoli et lui donnaient au salon, pour le régal de leur unique auditrice , partagée entre l’extase et le sommeil. » page 30
« D’instinct Jana avait deviné la mort des siens à Drobitski Yar. Mais elle n’en parlait pas et s’interdisait même de l’imaginer. Cette certitude inexprimable demeurait enfermée dans un noir recoin de son âme, à la fois profane et sacrée- taboue. Se cacher l’horreur: seul moyen qu’elle eût de se prétendre Anna Morozova et d’obéir à l’ultime recommandation de son père : Vis ! »
Ce roman de Morten Brask s’ouvre sur un rêve, celui qui berce un jeune médecin danois Daniel Faigel dans un train à destination de Terezin. Sur le sable de cette plage auquel il rêve, se sont gravés les meilleurs souvenirs de son enfance. Rien ne pouvait le préparer à l’enfer auquel il va être confronté dans ce train, où la promiscuité, la puanteur, la peur et la faim fragilisent les êtres qui y sont entassés, au point que certains ne survivront pas à ce voyage de plusieurs jours.
Arrivé à Terezin, Daniel est immédiatement affecté à l’hôpital Hohen.Olben Il ne lui faudra pas longtemps pour saisir les privilèges que son poste va lui apporter. Mieux nourri, il sait qu’il pourra plus facilement résister aux conditions de vie du camp. Comment soigner dans de telles conditions des malades souffrant de dysenterie, de tuberculose ou simplement de multiples plaies quand tout manque : absence de nourriture digne de ce nom, absence d’hygiène et absence de médicaments. Il lui faudra bien souvent choisir parmi ses malades entre ceux dont il estime qu’ils ont une chance de s’en sortir et ceux qui sont condamnés d’avance et qui seront sélectionnes pour le prochain convoi en partance pour une destination dont chacun devine l’issue. Morten Brask ne dépeint pas seulement la vie des juifs à l’intérieur de la ville fortifiée de Terezin, ilintercale une autre narration, celle qui ramène Daniel Faigel au Danemark, pays de son enfance entre la figure austère d’un père, juge de son métier qui aurait souhaité que son fils embrasse la même carrière de juriste, et une mère dont on nous laisse présager que la fragilité psychologique ait pu être à l’origine de sa vocation. La force d’un délire c’est qu’il entraine celui qui le vit sans que bien souvent l’entourage puisse le retenir.
» La maison est pleine de gens. Apparemment quelqu’un a organisé un petit concert, car à travers les fenêtres du premier étage, je vois le violoniste debout et un public assis autour de lui. Je reste là et j’écoute. D’autres personnes viennent me rejoindre pour écouter le violoniste. Quand il lève son archet et que la dernière note s’évanouit le silence est total. Personne n’applaudit. Tout le monde attend un ouveau morceau. Une femme d’une soixantaine d’années qui était assise derrière le violoniste, se met debout , se met debout à côté de lui. Le violoniste pose à nouveau son archet sur les cordes et entame un morceau son archet sur les cordes et entame un morceau lent et triste. La femme a une voix grave. Un homme à côté de moi se penche et me dit à l’oreille en désignant la femme d’un geste du menton :
– C’est la plus grande.Quand elle était jeune, elle chantait pour l’empereur .
-Qu’est-ce qu’elle interprète?
Une pièce de Gustav Mahler. Kindertotenlieder, les chants sur la mort des enfants.
La voix grave de la cantatrice fait exploser la petite pièce, traverse murs et boiseries, envahit toute la maison, s’échappe dans Seestrasse et se répand dans le ghetto tout entier.
Né le 10 juillet 1835, à Lublin Henryk Wienawski est un enfant prodige issu d’une famille juive polonaise cultivée. Son père, Wolf Helman, connu sous le nom de Tobiasz Pietruszka, a changé son nom pour Tadeusz Wieniawski, prenant le nom de son quartier, s’est même converti au catholicisme avant d’obtenir son diplôme de médecine. Il devenu chirurgien. Sa mère Regina Wolff, est la fille d’un célèbre médecin juif de Varsvie. Elle est une excellente pianiste. A 9 ans, il auditionne pour le conservatoire de Paris et obtient une dérogation pour y être admis car il n’était pas français.
Deux ans plus tard, en 1946, il reçoit un premier prix de violon et devient le plus jeune lauréat. Il continuera à suivre des cours auprès de son professeur Lambert-Joseph Massart durant deux ans, avant de commencer une tournée de concerts. Il devient le chouchou de St Pétersbourg où il reste 3 mois avant de partir pour les pays baltes puis enfin Varsovie à l’automne 1848, puis Dresde, Leipzig et Weimar ( où il rencontre Franz Liszt) puis enfin Berlin et Hambourg avant de rentrer sur Paris en 1849. Il entame alors des études de composition auprès d’Hyppolyte Collet. Deux ans auparavant il avait déjà publié son premier opus: un Grand Caprice fantastique. C’est le début d’un catalogue qui comportera 24 pièces.
A partir de 1850 que débute sa carrière de concertiste en Russie et à travers l’Europe. Son frère cadet Jozef qui vient de terminer ses études l’accompagne souvent au piano.
Joszef Joachim photo Wikipedia
Pablo Sarasate photo Wikimedia Commoms
Au fil des années, il s’imposera comme l’un des plus grands violonistes de son temps, aux côtés de Joszef Joachim et de Pablo Sarasate. Avec son 1er concerto,( 1852) il gagne l’admiration du public européen et se fait connaitre aussi bien en tant que violoniste que compositeur.
De 1851 et 1853 il vit en Russie. En 1852, il compose sa première Polonaise de concert, op.4 en Ré majeur.
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Il se marie en 1860 avec Isabella Hampton, après avoir obtenu, non sans quelques réticences du côté de ses futurs beaux-parents le consentement de sa main. C’est d’ailleurs l’écriture de Légende Op. 17 qui semble leur avoir fait changer d’avis. Ils auront ensemble 7 enfants.
À l’invitation d’Anton Rubinstein, pianiste et compositeur (1829-1894 ) fondateur de la Société musicale russe (1859) et du conservatoire de St -Pétersbourg (1862), sa vie va prendre une nouvelle tournure. En 1859, il est promu premier violon du Tsar avant de devenir le premier professeur de violon du Conservatoire. L’influence de son enseignement reste considérable.
De 1862 à 1867 , il joue au pupitre d’alto au sein du quatuor Ernst. Parallèlement il dirige l’orchestre de la Société musicale russe.
En 1862, il compose son 2ème Concerto pour violon. Ce concerto fait partie des plusgrandes œuvres du répertoire romantique pour violon. Dix ans lus tard, il reprend sa carrière de virtuose international et part aux États-unis avec Anton Rubinstein pour 250 concerts en 239 jours. Il prolonge ensuite son séjour jusqu’en 1874, date à laquelle il choisit de rentrer en Europe. A Bruxelles, il succède à Vieuxtemps comme professeur au Conservatoire, poste qu’il occupera jusqu’en 1877. Eugène Ysaÿe sera un de ses élèves.
Henri Wienawski
En 1878, alors que se manifestent ses premiers soucis cardiaques, il donne à nouveau une série de concerts à Paris, Berlin puis Moscou, avant de s’effondrer sur scène le 11 Novembre 1878, alors qu’il interprète son 2ème concerto pour violon. N’écoutant pas cette première mise en garde, il devra interrompre son interprétation de la sonate « à Kreutzer » de Beethoven à Moscou le 17 décembre de la même année. Pourtant, il ne renoncera pas encore et poursuivra sa tournée en Russie jusqu’en 1879, avant d’être transporté à l’hôpital d’Odessa. Le 14 Février 1880, il est emmené dans la propriété de la maison deNadezhda von Meck la protectrice de Tchaïkovski.
A sa mort, il laisse sa famille dans une situation financière désespérée, (sa femme est enceinte d’une fille qui naîtra 2 mois plus tard.)
Souvent comparé à Paganini, Wieniawski a ébloui le public par sa technique prodigieuse et son phrasé expressif. Alliant subtilement une inspiration romantique et une virtuosité irréprochable, tout comme son compatriote Chopin, il a su écrire la musique qui a célébré l’esprit de la Pologne, notamment avec sa Polonaise en ré.
Le concours international de violon Henryk Wieniawski fur organisé pour la première fois à Varsovie en 1935. La médaille d’Or fut attribuée à la violoniste française Ginette Neveu tandis que David Oïstrakh se voyait distingué d’une médaille d’argent. Suspendu pendant la seconde guerre mondiale, il reprit à partir de 1952 à Poznan. A noter que ce fut le fils de David Oïstrakh, Igor qui remporta le 1er Prix . Ce concours international se déroule depuis cette date tous les cinq ans.
Source : Henryk Wienaski Music Society in Poznan / Atlanta symphony orchestra